Le vendredi 27 avril à 20 h 30 on va avoir peur (si-si) avec :

LE CABINET DU DOCTEUR GALIGARI

Film allemand de Robert Wiene - 1920 - Noir et blanc - Muet - 76 mn

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Deux hommes sont assis sur le banc d'un parc, à la tombée du jour. Le plus jeune, Francis, raconte à l'autre son histoire.

Cela a commencé dans l'ambiance bigarrée de la foire d'Holstenwall. Parmi les attractions, un docteur aux allures inquiétantes, Caligari, exhibant dans sa roulotte un somnambule diseur de bonne aventure, Cesare. Leur venue coïncide avec des morts mystérieuses. Alan, un ami de Franz, est l'une des premières victimes, puis c'est au tour de Jane, une jeune femme dont Franz est épris. Elle est enlevée en pleine nuit et sauvée par miracle.

L'histoire est-elle terminée ?  Franz est-il fou?  Ou bien  le sont-ils tous ?

(Ah ça,  je ne raconterai pas la fin...)

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Récit de la divagation d'un fou située dans un espace intérieur, intime, obsessionnel,  impliquant la disparition de toute distance réaliste entre les objets ainsi que la disparition de toute image concrète de la nature dont les éléments (arbres, routes, etc…) sont représentés par des décors fabriqués de toutes pièces comme sur une scène de théâtre. L'espace du film devient alors cauchemardesque et morbide, non seulement parce que nous sommes à l'intérieur du cerveau d'un fou, mais aussi parce qu'il a été entièrement façonné par l'esprit et la main de l'homme. Le scénario recèle deux surprises de taille : la découverte, à l'intérieur du récit du fou que Caligari est non seulement bateleur, assassin mais aussi psychiatre et son pendant, la découverte, après la fin du récit du fou, que Caligari est le psychiatre personnellement attaché à soigner le narrateur.

La totale cohérence de ce cauchemar ouvre aussi d'étonnants horizons sur la folie du narrateur et sur la folie en général. Elle est pour une part (la part qui s'exprime sur le plan plastique dans le film)  déformatrice, délirante, hallucinée. Elle est pour une autre part (celle qui s'exprime sur le plan dramatique) hyper-logique, convaincante et fascinante.

C'est la collusion à l'intérieur du film entre une vision plastique cauchemardesque et fantasmatique de la folie et une appréhension dramatique parfaitement et implacablement architecturée de cette folie qui fait le mérite de Caligari.

Œuvre moderne, surprenante, percutante et quasi inattaquable, Le cabinet du Dr Caligari est une création collective. Il y eut à l'origine un scénario de Carl Meyer et Hans Janowitz basé sur un fait divers et destiné à critiquer, à travers la figure du psychiatre-hyptnotiseur-bateleur-assassin par procuration, les excès de l'autoritarisme dans tous les domaines, administratif, social,  politique aussi bien que psychiatrique.

La mise en scène du film fut proposée à Fritz Lang qui la refusa mais intervint de manière capitale dans son élaboration. Il proposa de justifier l'irréalisme des décors en faisant du narrateur du réci, l'un des pensionnaires de l'hôpital de Caligari. Quand Robert Wiene fût chargé de la réalisation, le film possédait ainsi déjà une cohérence parfaite.

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Fritz (il permet que je l'appelle Fritz) raconte : "À ce moment, il était question de tourner Caligari, disons en style expressionniste. Je crois que ma seule contribution à ce film fut de dire : mes enfants, vous ne pouvez pas le faire comme ça, vous allez trop loin. L'expressionnisme au point que vous voulez ce n'est pas possible. Ça effraiera trop le public. C'est alors que j'ai proposé l'action à tiroirs. On a accepté cela et on a fait se dérouler le début dans un asile d'aliénés. Si j'avais mis le film en scène, j'aurais simplement traité le prologue et l'épilogue de manière tout à fait réaliste, pour exprimer que là il s'agit de la réalité, alors que la partie centrale décrit un rêve, la vision d'un fou. D'ailleurs, c'est un thème qui m'a toujours beaucoup intéressé et qu'on retrouve aussi dans "Mabuse".

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Ängstlich ? Si on a trop peur on se tiendra les mains...

Allez, à tout bientôt.

Marie

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