Le P'tit Seize, le ciné-club de Saint-Rivoal a la joie de vous présenter

le vendredi 28 septembre 2012  à 20 h 30 :

CERTAINS L'AIMENT CHAUD

de Billy Wilder

Avec : Marilyn Monroe (Sugar Kowalczyk ou Alouette en VF), Tony Curtis (Joe/Josephine), Jack Lemmon (Jerry / Daphne) George Raft (Spats Colombo ou le marquis Colombo en VF), Joe E. Brown (Osgood Fielding III ). Film américain de 1959 - VO N & B - 120 mn

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Chicago, hiver 1929. Froid et neige. Deux musiciens d'orchestre, un saxophoniste, Joe et un contrebassiste, Jerry, ont perdu leur emploi après une rafle dans un "speakeasy" (bar clandestin pendant la prohibition) dissimulé derrière une boutique de pompes funèbres.

Plus tard, ils ont le malheur d'assister dans un garage au massacre de la Saint-Valentin ordonné par le gangster Spats Colombo.

Se sachant traqués par Spats et ses tueurs qui veulent éliminer deux témoins gênants, Joe et Jerry n'hésitent pas à accepter un travail dans un orchestre féminin qui se rend en tournée en Floride. Déguisés en femmes, ils font le voyage en train de nuit avec les membres de l'orchestre.

 

On s'installe à l'hôtel. Joe et Jerry sont tous les deux tombés amoureux de la blonde Sugar, la chanteuse de l'orchestre. Elle a subi dans le passé de nombreux déboires sentimentaux dans des orchestres masculins et ne travaille plus désormais qu'avec des collègues de son sexe. Elle paraît bien décidée à trouver en Floride un millionnaire.

 

En fait de millionnaire, Jerry a attiré l'attention et la convoitise du richissime Osgood Fielding III qui ne cesse de l'importuner. En bon camarde, Jerry s'efface devant Joe et va favoriser ses entreprises auprès de Sugar. Il sort avec Osgood pour que Joe, qui s'est fait passer pour un millionnaire auprès de Sugar, puisse emmener celle-ci sur le yatch dudit Osgood. Durant cette soirée mémorable, Joe explique à Sugar, pour mieux la séduire, que depuis une expérience sentimentale qui s'est terminée tragiquement. Il ne ressent plus rien devant les femmes. Bonne fille, Sugar va s'employer à faire disparaître cette insensibilité.

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Je n'en dirai pas davantage, il faut absolument voir ce film  dont l'intrigue unit le burlesque le plus échevelé à une cascade de situations très audacieuses pour l'époque, le tout placé dans le contexte violent d'un film de gangsters de la prohibition.

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Ancien scénariste d’Ernst Lubitsch pour Ninotchka, Billy Wilder réalise  sa meilleure comédie avec ce film. Il est à la fois la synthèse et la parodie de genres cinématographiques aussi différents que le burlesque muet des années vingt et le film de gangsters des années trente.


C'est aussi une parodie du film de gangsters, truffé d'allusions au Scarface d'Howard Hawks ou à l'Ennemi public de William Wellman et à leurs acteurs mythiques.

Il est également remarquablement servi par ses interprètes : jouant sans cesse entre les registres féminins et masculins, les rôles de Jack Lemmon et Tony Curtis (exceptionnels) perturbent de manière jubilatoire et concrète la notion commune d’identité sexuelle tandis que Marilyn Monroe est admirable dans son rôle de jeune femme candide et si terriblement érotique (un brin intéressée aussi).

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Un des éléments remarquable du film  est le couple de travestis malgré eux que forment les deux comédiens lâchés au milieu d'un orchestre de « vraies » femmes. La scène du train, qui donne lieu à cette party dans la couchette de Jerry, où les corps de femmes s'emmêlent jusqu'à encombrer l'écran, donne l'impression voulue d'un poulailler qu'un renard aurait envahi. Jerry et Joe, en mâles américains classiques, ne rêvent que de collectionner des femmes  ; d'ailleurs le saxophoniste Joe n'a aucune raison d'être différent de ces nombreux musiciens qu'a rencontrés Sugar, qui tous se sont comportés en salauds avec elle.

Mais mis en condition par le hasard pour réaliser leur fantasme, car plongés dans un monde de femmes, ils se révèlent perdus. Billy Wilder atteste de nouveau ici de son sens du comique de situation. Mais l'humour se double d'une critique en règle de l'hypocrisie des relations entre hommes et femmes dans la société américaine, avec l'envers de mensonges et d'intérêts qu'elles comportent.

L'ambiguité sur le genre masculin et féminin a donné lieu au dialogue légendaire entre Jerry/Daphné (Jack Lemmon) et Osgood (Joe E. Brown) :

Daphne : - You don't understand, Osgood! I'm a man!
Osgood : - Nobody's perfect.

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Wilder  ne manque aucune occasion de jouer avec l’allusion, de flirter avec l’ambiguïté. Ce qui pourrait choquer la morale, comme montrer deux hommes habillés en femme, est ici désorienté par le prisme de la comédie au point de faire accepter à la censure et au public ce qui, dans un autre contexte, pourrait facilement créer le scandale.

Allié religieux du maccarthisme, le code Hays régit depuis 1934 les bonnes moeurs du cinéma américain. Mais cette autocensure commence à lasser et, moins de dix ans avant qu’elle ne soit abandonnée, nombreux sont ceux qui prennent de plus en plus de libertés à l’égard des bien-pensants et de leurs esprits étriqués.

Wilder est un spécialiste des transgressions qui bernent l’interdit : « La censure étant évidemment toujours très bête, elle incite à la contourner. Nous ressentions la censure comme un défi. Nous éprouvions le besoin de nous payer sa tête, d’être plus malins qu’elle. Nous nous en amusions à ses dépens, c’est-à-dire que nous faisions un clin d’œil au spectateur par-dessus sa tête, nous nous entendions avec lui, faisions de lui notre allié » disait-il.

Ayant réussi à passer à travers les mailles du filet, Wilder continue pourtant de provoquer l’interdit, pousse le défi jusqu’à jouer avec le tabou parce que l’homosexualité est une composante sous-jacente du film.

 

Ce film  peut apparaître comme une juxtaposition de séquences autonomes. Chaqune d'elles est en effet traitée avec la relative lenteur qu'affectionne Wilder car elle lui permet d'explorer à fond les possibilités comiques de ses personnages et elle laisse transparaître sous la caricature ce que l'on pourrait appeler leurs bons sentiments : amitié de Joe pour Jerry dont les témoignages concrets ne manqueront pas et naïveté et même une certaine innocence chez Sugar que pourtant Wilder n'épargne pas (alcoolisme, cupidité).

Le titre, Some like it hot, fait référence à la fois au jazz (le jazz "hot" que sont censés jouer les deux compères) et au sexe, of course, dans un jeu de mots très wilderien.

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Et puis il y a Marilyn,

Ma préférence à moi...

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J'aimerais vous livrer un texte écrit pour elle par Juliette Binoche, une autre belle, d'une autre époque mais qui a  probablement su mieux se protéger :

"On voudrait se glisser en son giron, chrysalide humide, s'y fondre, se lover en son lait, sa chair lumineuse. On voudrait être éclaboussé par son rire d'enfant, sentir sa main longue et fine sur sa peau, s'endormir dans son chant langoureux, tout est suggéré, si proche, si proche.
Pénétrée d'un féminin qui guérirait l'abandon, les blessures, les insultes, les regards lourds, dans l'élan elle fait dont d'elle-même.
Tout est est calculé, mais tout est donné sans compter. Se laissant balancer à son corps tangible, la petite fille suicidée n'a pas eu son compte d'amour. Elle a vogué en jetant tout à la mer.
On a envie de rester silencieux et d'imaginer ses rêves.
Quels sont tes rêves Marilyn  Quel est Ton rêve ?
Chavirant son espoir dans le travail, elle a trouvé quelques ponts possibles pour ne pas crever.
Elle dit qu'elle ne pourra jamais être heureuse mais qu'elle sait être gaie. Elle aurait voulu s'engendrer elle-même, renaître. Sa puissance elle la voyait mais les jeux étaient faits.
Elle a perdu mais il y a quelque chose à jamais donné, à jamais gagné.
Marilyn est d'une autre nature, une comète dont la chevelure libère encore ses poussières ; chacun de ses chuchotements résonne dans l'immensité, le noir firmament miroite pour toujours ses soleils.
Tu es un infini".

Un super film, vraiment, à voir et à revoir,  pour les disparus, pour l'époque, pour le thème, pour le rire, pour la joie, pout tout...


Marie